Murdoch vs Google : les conséquences pour le financement des contenus
Quelques réflexions sur l’éventuelle désindexation des contenus du groupe Murdoch chez Google. Soyons clair : l’indexation est indépendante du problème de paywall.
Hypothèse 1 : Bing accepte de payer pour indexer
Conséquences :
- Les gros producteurs de contenus suivent Murdoch
- Peut-être pas immédiatement mais à terme Google est obligé de suivre
- Des intermédiaires de type régie propose aux plus petits producteurs de se regrouper pour pouvoir ensemble négocier au meilleur prix leur indexation
- Les producteurs de contenus ayant une audience plus rémunératrice sont les mieux servis
- Des stratégies de négociation de l’exclusivité de l’indexation conduisent à découper la sphère internet
- Les algorithmes de répartition des revenus au sein d’un groupe de producteurs de contenus deviennent un enjeu de première importance
- Les producteurs de contenus orientent leurs stratégies éditoriales en fonction de ces algorithmes, donc nécessairement en fonction d’un potentiel commercial.
- Les journaux ont trouvé une nouvelle source de revenus qui leur évite pendant un temps de se poser la question du modèle économique. Cependant le potentiel commercial de l’information de qualité reste faible. Elle n’est donc pas remise au centre de la stratégie.
Hypothèse 2 : Bing n’accepte pas de payer pour indexer
Conséquences :
- L’état de santé des journaux continue d’empirer
- Les producteurs de contenus qui avaient emboité le pas de Murdoch font machine arrière.
- Le modèle économique principal reste la publicité mais de nouveaux modèles sont testés : fondations, associations à but non lucratif, contributions volontaires et bien d’autres encore…
- En France l’état propose de nationaliser les journaux ou de leur fournir une subvention dans le cas où ils appartiennent à un pote
- Les producteurs de contenus investissent dans la qualité et s’intéressent aux autres moyens de diffusion que les moteurs de recherche.
Conclusion
Un reversement des produits de Google aux producteurs de contenus serait marqué d’une certaine “justice”. Mais l’afflux d’argent que cela entrainerait éviterait à la filière de se réinventer. Avec comme conséquence que les stratégies éditoriales continuent d’être inféodées à des algorithmes commerciaux.
Paradoxalement payer les producteurs de contenus pourrait s’avérer couteux pour Bing et Google (surtout en cas d’enchères sur des exclusivités) mais cela peut aussi être pour eux une opportunité de conserver aux moteurs de recherche leur rôle central dans l’internet en devenant l’unique mamelle nourricière du tout un pan du web.
4 commentaires
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par Murdoch vs Google | Owni.fr
09 déc 2009 à 13:54
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par alex
09 déc 2009 à 14:29
Je partage cette analyse en espérant toutefois que le moteurs ne soient pas amenés à payer pour indexer car ce serait une catastrophe:
- à la fois pour la diffusion de contenus originaux qui reviendraient dans le giron des anciens dictateurs qu’était les rédac’ chef des journaux, les directeur artistiques des labels et autres “autorités” censées mieux savoir que l’utilisateur d’un contenu ce qui est bon et adéquat pour cet utilisateur
- et parce que ça poserait des problèmes d’exhaustivité, de recherche biaisée, d’influences insidieuses et en fin de compte d’interopérabilité et de partage de la connaissance au profit des acteurs établis du paysage médiatique à qui nul politique n’ose contester le droit au quasi-monopole informationnel qui est malgré tout un bien mauvais modèle
C’est une question clé pour l’avenir qui se pose ici à mon sens.
par Nicolas Kayser-Bril
21 jan 2010 à 15:02
A mon sens, l’incitation pour faire cavalier seul (freerider) est trop forte pour un patron de presse. Je vois bien Murdoch (ou un autre) inciter tout le monde a signer un contrat sur 5 ans avec Bing, puis retourner sa veste au dernier moment et recuperer tout le traffic de Google.
par alfred
24 mai 2010 à 07:21
Je trouve intéressant de mettre en avant les conséquences des applications dans une logique commerciale. A savoir, juste pour précisé, ce qui motive l’acte commercial est toujours le bénéfice. Mais ce qui motive l’achat n’est pas toujours la qualité. Donc malheureusement, dans un système marchand, les produits mis en avant par le vendeur sont ceux qui ont la plus grosse marge, pas forcément les moins cher ni les plus qualitatifs. C’est une autre logique, une autre démarche et il y a donc d’autres conséquences…